Ancienne place forte, cette Saint-Malo orientale conserve les vestiges d'un passé qui la voulait ville de prince, accueillante et tolérante.



Le ciel, le sable, la chaux - cocktail unique quand il s'agit d'Essaouira, vouée à ces trois couleurs. Volets bleus, portes jaunes, murs blancs. Le tout cerné de murailles rouges patinées par le vent, l'océan, le temps. Une plage sur l' Atlantique qui prend des airs de Méditerranée.

Essaouira est l'un de ces lieux qui anéantissent tous les adjectifs - au superlatif. Résumons : on a coutume de dire «il y a le Maroc et il y a Essaouira"; on pourrait surenchérir . «il y a le monde entier et il y a Essaouira.» Un port au bout de la terre, où l'air est tel qu'instantanément on se sent comme reposé, lavé de toutes les ternissures de la vie. La sérénité vous prend et ne vous lâche plus.
On ne peut s'y rendre que par la route et, comme pour Saint-Tropez, sa consoeur en célébrité, c'est à la sortie d'un virage que l'océan et la ville se dévoilent d'un coup, trois kilomètres avant l'arrivée, en contrebas à droite. Les cèdres penchés semblent saluer les nouveaux venus.

Cette ville conserve de l'allant et de la tenue, vestiges d'un passé qui la voulait, du temps où elle se nommait Mogador, ville accueillante et tolérante. Mogador fut conçue sur ce mode, et Essaouira lui demeure fidèle



Essaouira, c' est Saint-Malo revue par un peintre orientaliste. Construite par un élève de Vauban au XVIIIe siècle, elle est l'une des rares villes au monde dont l'urbanisme a été entièrement couché sur le papier avant toute construction. Un passé glorieux de carrefour entre Afrique et Europe, premier port marocain à s'ouvrir au commerce international, un modèle d'harmonie entre Arabes, Berbères, Juifs - et même anciens esclaves d'Afrique : la musique gnawa en témoigne. Il en reste quelque chose : une harmonie, une allégresse, un bien-être, et un mystère... Cette ville, à l'agonie économiquement parlant, conserve de l'allant et de la tenue, vestiges d'un passé qui la voulait, du temps où elle se nommait Mogador, ville de prince, accueillante et tolérante. Mogador fut conçue sur ce mode, et Essaouira lui demeure fidèle: toutes les confréries religieuses y sont encore présentes.

Inutile de suivre un guide : il suffit de déambuler dans les ruelles, goûter, à chaque pas, ici un plafond de bois (beaucoup de ces venelles sont couvertes), là une porte, une femme en haïk, un enfant qui vend des bonnets et étonne par la richesse de son discours - en français. Rue Attarine, rue Draa, rue du Rif .. Où qu'on aille, on se retrouvera sur la place Moulay-Hassan, plantée sur toute sa longueur de caoutchoucs. Les cafés s'y succèdent, aux terrasses avenantes et aux noms attendus : Marrakech, France, Beau Rivage, Opéra, Plage... Touristes, étrangers en quête de port d'attache, artistes installés de fraîche date et Souiris de souche s'y côtoient ; mendiants, cireurs de chaussures et "agents immobiliers» errent de table en table. Sur la place également, le kiosque à journaux (français, anglais, allemands...) et la pâtisserie "Chez Driss» où il est d'usage d'acheter cakes et croissants. Pas d'animation chère aux vacanciers à Essaouira (sauf pour les adeptes de planche à voile, de marche sur le sable ou de cerf-volant), rien d'autre à y faire que se promener, flâner dans les différents marchés de part et d'autre de l'avenue de l'Istiqlal (dans l'un d'eux, une vente aux enchères a lieu tous les jours vers 16 heures), s'enfoncer dans la médina et l'ancien mellah, s'asseoir près des canons à la Sqala. acheter tapis, porcelaines, contempler les artisans sculpteurs de thuya, renifler l'huile d'argan (en arbre de goût, l'arganier a choisi la région d'Essaouira pour pousser lui qui refuse de se laisser cultiver et qui demeure à l'état sauvage)... Pour un peu, on céderait à la tentation : rester là, laisser le temps passer, s'imprégner de la douceur de vivre, profiter des couleurs et des odeurs.

Un point de vue: Quitter la Médina par Bab Doukala, tout au bout de l'avenue de l'Istiqlal et Zerktouni. À quelque 800 mètres (on a traversé l' ancienne zone industrielle, après la station des calèches), on tourne à gauche. Des ferrailleurs occupent un terre plein. La vue sur le port et la vieille ville, qui se détache à droite, a échappé aux cartes postales. S'y rendre le soir pour le coucher du soleil et le contre-jour.

Marion Scali