Auteur: Paulette Valérie Said

Si j'ai voulu écrire ce qu'a été la triste vie de mon enfant, c'est surtout pour ne rien oublier : le décès de son petit frère, l'anorexie, les hospitalisations, la dépression, le suicide.
Je connais le calvaire qu'endurent les anorexiques et leurs proches. Il est insupportable et pourtant il faut l'accepter, le tolérer et même l'excuser.
Cette maladie est non seulement difficile à soigner, mais indétectable à ses débuts. "Une mère raconte l’anorexie de sa fille et surtout, les blessures morales et physiques infligées à son enfant, d’où la citation de Jean-Paul Sartre dans « Huis Clos » : Ce n’est pas le gril, l’enfer c’est les autres."Que toutes les familles qui un jour risquent d'être concernées soient vigilantes et surveillent de très près ces petites créatures fragiles et vulnérables.

Eloignez vos enfants des influences extérieures parfois irréfléchies qui, avec des mots blessants, sont susceptibles de les affecter, ce qui ajoute à leur mal être.
Aimez-les de toutes vos forces.

Lire un extrait
J'avais deux chambres d'enfants (je commence par cela, car c'est très important). L'une était destinée à mon fils aîné, Jean-Michel qui a près de sept ans de plus que sa sœur Flavie. Celle-ci n'a que dix-sept mois de différence avec le petit dernier, Christophe. Il m'a paru logique de les mettre ensemble. Leur chambre est assez grande et chacun des deux lits est placé le long des deux murs qui se font face.

A l'âge de cinq mois et demi, Christophe fut victime d'un accident d'anesthésie qui le laissa complètement handicapé, grabataire, dans un état végétatif. Cela dura quelques années jusqu'à son décès. Le jour où cela arriva, Flavie se mit à vomir et se sentit anéantie. Jamais l'idée de le voir partir ne l'effleura. Elle disait toujours :
- « Quand vous serez vieux, c'est moi qui m'en occuperai ».

Elle n'eut pas la force d'assister à son enterrement et naturellement, vu sa vulnérabilité, je demandai à l'une de ses tantes de rester auprès d'elle.

En 1987, un an avant ce décès, Flavie me demanda si elle pouvait mettre son lit dans la chambre de Jean-Michel pour y dormir. Je n'y vis aucun inconvénient, ils semblaient si bien s'entendre tous les deux.

Le soir, avant de s'endormir, lorsqu'ils éteignaient la lumière, ils jouaient aux devinettes. Chacun à son tour posait des questions sur le cinéma, les noms d'auteurs, d'animaux, etc. et le lendemain, Flavie me racontait que son frère s'endormait alors qu'elle continuait à parler toute seule. Elle en riait. C'était comme ça presque tous les soirs.

Je savais qu'elle adorait son petit frère et ce n'est que beaucoup plus tard que j'appris qu'elle ne supportait plus de dormir avec lui et qu'elle aurait voulu avoir sa chambre comme toutes ses copines.

Pourquoi ne m'avait-elle rien dit ? J'aurais mis le petit avec nous. Cela ne me posait aucun problème, mais je n'y ai jamais pensé.

Aussi, un jour l'assistante sociale de son école qui l'avait interrogée comme les autres élèves, lui a dit qu'il ne fallait pas dormir avec un frère handicapé (celle-ci pensait que c'était un handicapé mental). Là, elle aurait eu raison, mais le pauvre enfant était infirme moteur, il ne pouvait pas bouger, c'était comme un nourrisson à qui il fallait tout faire. Aussi, Flavie ne supportait pas la bonne qui n'arrêtait pas de faire le va et vient dans leur chambre. Quand elle n'avait rien à faire, elle s'asseyait auprès de Flavie et feuilletait un magazine, ce qui gênait énormément ma fille qui n'arrivait pas à se concentrer sur ses devoirs et n'avait aucune intimité, mais j'étais loin de savoir tout ça, car Flavie ne disait jamais rien.

Au début, c'est moi qui m'occupais de mon petit garçon. A la longue, me sentant fatiguée, j'allais voir mon médecin qui m'incita à faire un bilan da santé à la sécurité sociale. Là, dans la même journée et au même endroit, on me fit passer d'un spécialiste à l'autre et c'est après cela que l'un d'eux me conseilla de reprendre mon travail, quitte à engager une personne pour prendre soin de Christophe et faire un peu de ménage.

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