« ESSAOUIRA, DÉDIÉE AU DIVERS »

09/06/2013
Cap sur le Maroc et sa côte atlantique, Essaouira… Le voyage commence sur l'île de Mogador qui folivieait face à la ville, du haut du minaret de la mosquée construite au début du XIXe siècle. De cette hauteur et de cette distance, la cité est cernée par les remparts couleur terre que surmontent les profils de ses maisons blanches, et le port : à gauche, c'est l'océan qui bat les rochers où s'enracinent les remparts à droite s'étend la large anse en laquelle les flots marins sont apprivoisés, anse prolongée par les dunes de sable, qui finissent par rencontrer le vert de la forêt de thuya, puis la forêt d'arganiers, parfois des oliviers…
Ville ouverte sur la mer, née comme ville nouvelle refondée au milieu du XVIIIème siècle, « au milieu du sable et du vent, là où il n'y avait rien », elle avait la vocation de drainer le flux du négoce continental vers les destinations outre-mer. Une ouverture vers l'extérieur renforcée par l'accueil des légations étrangères qui représentaient les puissances occidentales européennes mais aussi américaines, le Maroc étant le premier pays à avoir reconnu les Etats Unis d'Amérique dès la proclamation d'indépendance. Une orientation qui a donné à la ville le privilège d'accueillir la diversité humaine qui réside dans l'arrière-pays, et au dehors : Essaouira ville ouverte, et ville plurielle.
Du quartier du Meshouar au quartier juif, le mellah, jusqu'aux portes du port, les créateurs rencontrés, originaires d'Essaouira, inspirés par elle ou vivant dans son enceinte, nous parlent de cette diversité, de cette ville entre Orient et Occident et « dédiée au divers ». Les séquences labyrinthiques alternent avec l'urbanisme régulier, orthogonal, et cette dualité suscite la marche poétique entamée avec l'écrivain mexicain Alberto Ruy Sanchez, dont l'œuvre romanesque se nourrit du mythe même de Mogador. Avec lui et les artistes de la ville, nous « médinons » à travers le dédale que ponctue la scansion de l'ombre et la lumière, avec cette dense matière sonore qui émanent des échoppes et de ce qui échappe des patios.
Une diversité qui s'exprime aussi par la musique, celle des Gnawas qui illustrent par la performance vocale et en langue arabe, tout ce « divers » qui loge dans la ville et continue de la faire vivre, notamment à travers les chants sacrés qui proviennent du répertoire soufi ranimé par des voix féminines.

Participants :

Mina El Mghari , historienne, auteur d'une monographie, en arabe, sur l'archéologie et l'histoire d'Essaouira

André Azoulay , journaliste, politologue et homme politique marocain né à Essaouira, conseiller du Roi du Maroc. À l'origine du programme de transformation de la ville d'Essaouira, président de l'Association « Essaouira-Mogador » et de la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures

Salima Naji , architecte, auteur de plusieurs livres sur l'architecture vernaculaire dans les contrées berbères du sud marocain

Hassan Skaladou , maître artisan en orfèvrerie

Moha Agoumi , architecte

Alberto Ruy-Sánchez , écrivain, dont l’œuvre romanesque se nourrit du mythe de « Mogador »

Le M’allem Mahmoud et la M’qadma Leila Zeïda Gania , musiciens et chanteurs Gnawas

Hamza, Hussayn et Mohammed , joueurs de guembri, de crotales et chanteurs Gnawas

Le choeur de l'Association féminine pour la promotion du chant soufi à Essaouira