Piyutim et Baqqashot (Recueil de chansons liturgiques) datant de1921

            Dans les principales communautés marocaines, des associations à caractère essentiellement religieux réunissent les amateurs de chant andalou et de musique juive au cours des veillées qui se tiennent après minuit, le jour du shabbat, et durant les six mois qui séparent Sukkot de Pourim.
            Ces associations sont placées sous le patronage du roi David et se réclament de son nom ou de l'un de ses attributs, s'appelant « Confrérie du roi David », ou « Confrérie du Chantre des psaumes d'Israel ». Chacune a son répertoire constitué par des « suites » mélodiques (nawba « mode », ou triq « voie ») au nombre de vingt-quatre généralement et correspondant aux leçons scripturaires hebdomadaires du Pentateuque. Des « suites » supplémentaires sont prévues pour les années embolismiques comportant les quatre semaines intercalaires du deuxième mois d'Adar. Le moqaddem, le chantre en chef, dirige le cérémonial de la veillée et repartit les rôles.
            Le plus populaire des répertoires de chansons et recueils de piyutim est celui qu'ont réuni Ies deux chantres mogadoriens R. David Iflah et R. David Elkaïm, avec le concours de leur concitoyen Haïm Afriat. Il s'agit de l'anthologie intitulée Shir Yedidut « chant d'amour et d'amitié ". Un extrait de l'avant-propos nous renseigne sur la nature de cette anthologie et les préoccupations de ses éditeurs:
            « Ce livre est conforme à l'usage des communautés marocaines où l'on a coutume de veiller, de minuit au matin, dans la nuit du Shabbat, durant la saison d'hiver, pour chanter les louanges et glorifier notre Dieu par la récitation des Psaumes de David, du Cantique des Cantiques du roi Salomon, puis par des hymnes et des chants que des auteurs des générations anciennes et nouvelles ont composés à divers moments de notre histoire... Les pièces présentées ont été réunies et classées par des artistes et des chanteurs de métier, ayant une longue expérience des techniques de la musique arabe».
            Les rabbins de Marrakech, auteurs de la préface, ajoutent les indications suivantes :
            « La coutume de ces veillées sabbatiques date d'une époque lointaine; le souvenir de cette tradition remonte à des temps où l'on savait chanter les mélodies saintes comme des anges et dans la langue pure des séraphins. Mais à cause du poids de l'exil et des soucis de l'existence, bien des choses ont été oubliées, disparaissant à jamais, le savoir se transmettant exclusivement par la voie orale... C'est pourquoi les maîtres illustres de la ville d'Essaouira (Mogador) ont entrepris, avec l'accord du grand rabbin, de réunir, dans ce diwan, des compositions poétiques selon un ordre conforme aux leçons scripturaires hebdomadaires et dans le respect des traditions musicales admises... »